J’ouvre les yeux et première impression :
j’ai mal aux genoux… Je suis toujours dans ce bus, dans une position plus qu’inconfortable et le mec assis devant moi a résisté à des coups de genoux dans son dos toute la nuit (chapeau
bas !). Un regard vers l’extérieur : les lieux me sont très familiers. Il suffit simplement de fixer les multiples gratte-ciel pour se dire qu’on est rentré à la maison. Je sais que
Julien et Cyril seront un peu déçus mais je n’ai aucun problème à revenir sur Toronto après New York. Cela s’explique car il ne me reste plus que 6 jours pour en profiter. Maintenant, le compte à
rebours est en permanence dans ma tête, quoi que je fasse.
Quant à Julien et Cyril, qui sont arrivés exactement le même jour que
moi en Janvier dernier (anecdote assez amusante : je discutais déjà en ligne avec Julien avant le départ de France… Qui aurait cru qu’on serait d’inséparables amis par la
suite ? :D), ils ont confirmé auprès de la compagnie aérienne leur retour pour le 21 Janvier. Aurais-je dû en faire autant et rester jusqu’à la date limite de mon permis de
travail (le 14 Janvier) ? Bah, je pense que j’ai bien fait de l’avancer : comme je le disais dans l’un des précédents articles, je veux « partir en beauté ». Je ne veux
pas connaître la fin de l’effervescence des fêtes, devoir payer une moitié de loyer, compter les jours (à merde, c’est raté concernant ce dernier point), etc.
Et à justement parler de fêtes, nous sommes à la veille du réveillon ! J’espère qu’on va
passer un grand moment ! Héhéhé.
Pour l’instant, nous roulons dans le DownTown désert de Toronto : peu de passants, peu de trafic, la ville dort. En même temps,
nous sommes dimanche matin, 10h30… Une heure de retard due à cette longue pause effectuée sur le parcours du retour.
Nous quittons le bus après une bonne dizaine d’heures de souffrance.
Ahhhhh je remaaaaarche ! Mes genoux fonctionnent encore ! Nous récupérons nos valises et prenons le chemin du PATH, le Toronto souterrain pour rejoindre le métro. A Bloor et Yonge, je
vais me séparer et dire au revoir à Emi, Cyril et Julien pour prendre ma correspondance et rentrer chez moi.
Un bref appel à mes parents pour leur dire que je suis bel et bien rentré sur le territoire canadien (bizarre, ils pensaient que je
rentrais demain !) et me voici dans Huron Street où je peux retrouver la neige et le froid oubliés le temps de quelques jours. J’ouvre la porte de ma maison et tombe sur Paola avec laquelle
je commence à discuter de mon séjour.
Puis, une fois seul, tout en grignotant, je réalise qu’il va falloir commencer mon déménagement. Ma chambre doit en effet être
disponible pour mon remplaçant dès le 1er Janvier, soit dans deux jours. Rien de bien sorcier mais il faut tout de même s’en occuper. Je vais donc déplacer toutes mes affaires jusqu’au
salon, dans un coin. Ça sera l’histoire de 5 jours. Mes colocs ne seront pas trop emmerdés par un petit bazar dans la pièce.
Le
problème, c’est lorsque je regarde toutes les affaires que j’ai accumulées depuis 12 mois : wouah, comment vais-je pouvoir ramener tout ça ? Il va falloir faire un sérieux tri. Et même
après ça, il va me falloir une grosse valise ! Lors de mon retour en France en Septembre dernier, j’avais laissé une des mes valises jugée trop petite. Quand j’y repense, heureusement que
j’avais commencé à ramener des trucs inutiles lors de ce voyage ! C’est déjà ça de fait ! :D
Ma priorité aujourd’hui va donc de trouver une grosse valise. Je
pourrai ensuite déménager plus facilement mes affaires. Pour ce qui est du superflu, bah, je vais devoir le donner à diverses personnes : Laurie, Denise ou Sandro. Tiens, ça me rappelle que
j’avais promis à ce dernier de l’aider à préparer son Nouvel An (vu qu’il m’avait grandement aidé pour Noël) : il a prévu de fêter le réveillon avec pas mal d’amis chez lui. Un rapide coup
de fil et j’apprends que Sandro va devoir louer une espèce de karcher pour moquette… Apparemment, les multiples « oublis » de ses deux chiens ont eu raison d’elle ! Devant mon
enthousiasme à l’aider pour le réveillon, il me propose de passer chez moi avec une voiture louée pour l’accompagner au Canadian Tire (espèce de filiale du bricolage).
Après avoir commencé mon rangement et lu mes emails, je vais entendre un coup de klaxon. Non, en fait, une petite dizaine !
Grrrrrrrrrrr, superbe discrétion ! :D Je descends et retrouve Sandro : c’est bizarre de réaliser à quel point il m’a manqué pendant ces jours ! Je ne
l’avais pas vu depuis la veille de Noël, il y a presque une semaine de ça ! Nous discutons un peu de mon voyage à New York mais bon… vu qu’il a vécu là-bas quelques années, pas besoin de lui
faire un dessin de ce que j’ai visité.
Parallèlement, c’est très étrange de se laisser conduire dans les rues qu’on a l’habitude de parcourir à pieds. La voiture est un
veau et je ne manquerai pas de lancer quelques piques à Sandro : « De toutes les voitures sur le parking, pourquoi as-tu loué celle-ci ? Pourquoi pas la Mini Cooper ? Héhéhé.
C’est bien parce qu’on ne va pas loin ! » :D
D’ailleurs, nous voici arrivés : nous ne resterons pas bien longtemps, juste le temps de louer le gros karcher, de le mettre
dans le coffre et de rentrer chez Sandro, à quelques arrêts de métro au sud. Mais avant cela, nous allons plutôt aller boire un café… ce dont j’aurais bien besoin au vu de la quantité de sommeil
accumulée la nuit précédente ! Nous entrons dans le coffee-shop du coin de la rue et passons un peu de temps là. Nous rencontrerons par hasard le cousin de Sandro. De plus, deux gars sont
assis à la table de gauche : à peine 40cm nous éloignent. Ils parlent beaucoup et vite. On dirait qu’ils parlent comme s’ils savaient que personne ne peut les comprendre autour d’eux… Ils
sont Québécois et malheureusement pour eux, je comprends tout et parfaitement bien héhéhé. Sandro qui parle un peu français a reconnu la langue même s’il ne pige pas tout. Ça ne l’empêchera
pas d’insulter gentiment la culture et la langue française comme il le fait habituellement (je fais de même avec la culture italienne, pas de panique !) mais cette fois-ci ouvertement devant
les deux gars ! Héhéhé, je m’attendais à une certaine réaction de leur part mais ils ne broncheront pas. :)
Après cette petite pause café, retour à l’appart de Sandro où je
retrouve ses deux adorables chiens : ils m’ont tout de suite reconnu et me sautent au coup, tout heureux et excités de me revoir après une semaine d’absence. Ces chiens sont tellement
gentils ! Bon, maintenant, les choses sérieuses commencent : il faut s’occuper de la gestion du réveillon de Sandro. Je ne serai pas présent à la petite fête car je me suis déjà engagé
avec Denise et les autres français… Je ne sais même pas ce qui est prévu mais j’avais clairement expliqué que je ne m’en occupais pas après avoir géré le repas de Noël de A à Z. Je sais seulement
que la soirée se passera dans un club vu que j’ai lâché une bonne petite somme d’argent pour l’avance des réservations.
Revenons à nos moutons : Sandro et sa fête. Il faut savoir combien d’invités sont censés venir et ce qu’il faut leur faire à
manger. Ah merde, ça commence mal : aucune idée du nombre de personnes. Sandro ne fait que prêter son appart mais ne gère pas la liste d’invités… ça va rudement compliquer les choses
ça !
Bon, il est temps d’aller faire des courses : il faut de l’alimentaire et des banalités pour la table et les décorations. Nous
allons nous occuper de tout ça en visitant plusieurs magasins type Dollarama ou Sobey’s. Tout ça va nous prendre pas mal de temps à cause du manque d’infos : doit-on acheter telle quantité
de viande ? Et qu’en est-il des alcools ?
Pendant un tel moment d’incertitude où, finalement, je ne suis d’aucune utilité, je décide de me concentrer sur le magasin situé en
face de la rue : le magasin de valises. On est passé vite fait avant d’entrer dans le supermarché mais, pris d’hésitation quant à la taille maximale autorisée dans les avions, j’avais
renoncé à acheter quoi que ce soit. Après un rapide coup de fil à ma compagnie aérienne (tiens, et si je leur confirmais au passage que je prends bel et bien l’avion samedi prochain ?), me
voilà rassuré. Je retourne voir le vendeur d’en face et vais finalement opter pour le modèle de valise maximum : une de 62 po. Le tout pour à peine $45. Oui je sais, c’est vraiment pas cher
et je sais parfaitement que la valise que j’achète est une bas de gamme. J’espère tout simplement qu’elle me permettra de faire un trajet. Je ne lui en demanderai pas deux
héhéhé.
De retour dans le supermarché, je vais réaliser que c’est tout de suite beaucoup plus facile de transporter les courses avec une
valise plutôt que de se faire chier avec une multitude de sacs plastiques héhéhé.
Après avoir aidé Sandro à ramener toutes ses courses chez lui, je vote
pour rentrer chez moi avec ma nouvelle valise. Je vais alors contacter Laurie et Fabienne qui me proposent de venir manger avec elles chez Laurie. Je ne suis encore jamais allé chez cette
dernière donc je n’ai aucune idée du temps nécessaire pour les rejoindre. J’accepte toutefois. J’ai promis à Sandro de le retrouver dans une espèce de club vers chez lui. Je ne sais pas trop
encore comment je vais réussir à me couper en deux pour la soirée mais tentons ! ;)
Une fois prêt, je prends mon métro sur Spadina Ave pour monter vers le Nord. 2 arrêts plus loin, je prends ma correspondance en bus
et une bonne vingtaine de minutes plus tard, je me retrouve face à la soi-disant maison de Laurie : bien joué ! C’est la bonne !
J’y retrouve Laurie et Fabienne et tous les trois passerons la soirée devant des pizzas. Bien entendu, le séjour à New York est au cœur de la discussion. Elles veulent tout savoir ma
parole ! :D Cela fait vraiment plaisir de les voir. J’ai l’impression d’être parti pendant 1 mois !
Puis vient l’heure où il se fait tard : Fabienne et moi quittons alors Laurie et attendons notre bus de l’autre côté de la rue.
Le vent s’est calmé, la nuit est très paisible et il commence doucement à neiger. Je réalise qu’il commence vraiment à faire tard… et que j’ai très mal dormi la nuit précédente dans ce maudit
bus. Pffff, je crois que je vais me dégonfler et appeler Sandro pour lui dire que je ne le rejoindrai finalement pas à sa soirée. Je n’aime pas trop faire ce genre de truc au dernier moment mais
là, je sens la fatigue physique s’installer de plus en plus lourdement. A ce moment là, je reçois un texto de l’italien qui me demande ce que je fais alors qu’il est déjà à l’intérieur du club
avec quelques potes, à m’attendre. Que faire ?
Le bus arrive et je commence à somnoler à l’intérieur. Heureusement que
notre station est le terminus ! Un coup de métro et je me sépare de Fabienne en décidant que je vais finalement rentrer chez moi. Mais je n’arriverai pas jusqu’à la maison : à moitié
pris de remords, je vais changer d’avis et rejoindre Sandro. Après tout, c’est mon dernier dimanche soir sur Toronto ! Et puis, je n’ai plus qu’une semaine ici : j’aurai tout mon temps
pour dormir dans l’avion et une fois rentré en France ! Tant pis si je ne dors pas assez cette semaine ! Le temps passera de toute façon bien trop vite.
Me voici devant le club : eh bien, je comprends pourquoi Sandro est venu là : la porte du club juxtapose celle son
immeuble ! Pas trop emmerdé par le temps de trajet jusqu’à chez lui ! Je m’approche de l’entrée et le videur me stoppe net : « Halte, désolé, c’est plein, on n’admet plus
personne… ». Ah merde, c’est bien ma veine, je me suis donc fait chier à venir jusqu’ici pour rien ? Il me demande alors avec qui je suis venu (une troupe de personnes est juste
derrière moi) et lorsque je répondrai que je suis seul, il me laissera passer poliment.
L’intérieur de ce club (c’est davantage un bar
car l’entrée est gratuite) est assez curieux : dans le mauvais sens du terme… Tout paraît sordide ou d’un goût douteux. La 2ème salle est pleine à craquer et ça sent la
transpiration comme jamais. Il me faut traverser cette salle pour rejoindre les vestiaires et faire la queue pendant 10 min… Superbe ! Je crève déjà de chaud avec ma grosse parka ! Il
vaut peut-être mieux retrouver Sandro dans la foule pour s’assurer d’être au bon endroit. « Ah tiens, oui c’est bon, je l’aperçois dans le coin, là-bas ! ».
Je m’approche, il me reconnaît, me présente le pote qui l’accompagne (dont j’ai bien entendu oublié le prénom, maudite mémoire) et
prends ma veste et mon pull. « Euuuuh, Sandro, tu fais quoi avec mes affaires ? ». « T’inquiète pas, je vais les foutre dans mon appart, je reviens dans une
seconde ». Et je vois Sandro disparaître du côté des vestiaires, vers l’arrière du bar pour revenir quelques minutes plus tard.
La soirée va vraiment être bizarre… enfin pour moi. Je ne vais pas du
tout me sentir à mon aise dans ce bar archi-blindé où il est impossible de s’asseoir, où l’on a l’impression de baigner dans des vapeurs de transpirations nauséabondes et où la vraie bonne
musique fait défaut (bon j’exagère un peu pour la musique lol). Heureusement que Sandro est là et visiblement, ça lui fait bien plaisir que je sois ici avec lui et son pote. Tant mieux car je
réalise que c’est l’unique raison qui me fait rester dans ce bar. Ça faisait une bonne semaine qu’on ne s’était pas vu et c’est cool de passer une soirée ensemble… une des dernières avant mon
départ.
Putain, c’est pas possible : où que je sois, seul ou entre potes, au réveil le matin ou au beau milieu de la nuit, ce retour au
bercail commence à me hanter. Je sens inconsciemment le décompte à rebours évoluer vers le zéro. Il n’y a rien à faire : j’y pense, j’y pense, j’y pense. Ça m’obsède. Je sais toutefois qu’il
ne faut pas en tenir compte (facile à dire) et donner l’illusion que tout va bien. Après tout, si tout le monde croit que ça roule et que je fais style que je m’en fous, j’arriverais peut-être à
m’en convaincre moi aussi…
En tout cas, les sympathiques « Oh, tu vas me manquer une fois rentré en France ! » de Sandro me font réaliser que
quitter cette ville avec tous ces gens qui tiennent à moi va être trèèèèès difficile. Bref, nous boirons un verre, puis deux, puis trois, puis… je ne sais plus. Le bar va finalement se vider peu
à peu et le pote de Sandro va vouloir aller chercher sa veste au vestiaire. Pas de bol, il semblerait qu’on ne la retrouve pas… Raaaaagh merde ! Il va falloir attendre que TOUS les clients
aient vidé les lieux pour voir quelle est la veste en cuir restante. Ce pote semble pas mal emmerdé et je le comprends facilement. OK OK, on va patienter. Je ne suis plus à 20 min près pour me
coucher maintenant. Après le départ du dernier client, on nous demande encore de patienter un moment. Argh, tant pis, j’en peux plus : je veux aller dormir ! Sandro nous emmène alors
moi et son pote dans l’arrière boutique du bar : nous passons une porte de secours, descendons un escalier en métal, ouvrons une autre porte, traversons le long couloir en moquette pour
tomber nez à nez sur… son appart ! Ah oui, il ne mentait donc pas héhéhé. Il y a bien un « raccourci pour rentrer chez lui » ! Et je vais heureusement retrouver mes propres
affaires sur le lit. Ouf, rien n’est perdu !
Je vais donc prendre congé de Sandro et de son pote (que je ne reverrai
plus d’ici mon départ) et déciderai de rentrer à pied chez moi. Oui, je sais, d’habitude, j’ai la flemme et je prends un taxi… Mais j’ai vraiment besoin de marcher seul et réfléchir à tout ce qui
arrive et va arriver dans moins d’une semaine. Je marche paisiblement dans les rues silencieuses de Toronto. La neige tombe toujours très légèrement mais il ne fait pas si froid que ça. Tout est
tellement calme. Voici peut-être l’une des dernières promenades nocturnes que je vais faire en solitaire dans la ville (et ça sera effectivement le cas).
Je vais marcher jusqu’à chez moi en passant devant une multitude de lieux devenus si familiers, du carrefour de Yonge et Bloor en
passant par le fameux McDo ouvert 24h/24 ou même mon ancien club de fitness.
C’est toujours comme ça avec les évènements qu’on redoute
: l’attente est insupportable et on voudrait pouvoir accélérer les choses jusqu’au dénouement pour ensuite passer à autre chose. Mouais, mais je me dis qu’alors, tout sera vraiment bien fini pour
de bon. Et d’ici là, le tic-tac sera de plus en plus insoutenable.
J’ignorais encore à ce moment à quel point j’allais avoir raison…