Le dernier jour… Qu’est-ce que ce titre peut me faire déprimer ! Et pourtant, c’est bel et
bien le cas : je m’apprête à passer mon dernier jour entier sur Toronto ! Décrire l’état dans lequel je me trouve au réveil (enfin, en dehors du fait que je ne suis pas très frais le
matin) en ce jour est assez difficile : je ne sais pas à vrai dire. Je ne réalise pas vraiment mais je sens que quelque chose de grand va bientôt s’achever. Ce qu’il faut savoir, c’est que
toutes les inquiétudes et le stress liés à mon départ (dont je fais mention tout au long de ce blog) sont peu perceptibles par quiconque autour de moi : disons que je fais énormément
d’effort pour ne pas les montrer et tâcher de paraître « comme d’habitude ».Pourquoi un tel comportement ? Tout d’abord, pour relativiser : en effet, ça peut être vu simplement comme un « retour au pays »… C’est pas comme si je cessais subitement toute communication ou s’il était question de vie ou de mort ! La seconde raison est la suivante : en restant naturel et en profitant de la journée comme si c’était « une parmi tant d’autres », je vais pouvoir m’en persuader inconsciemment. En gros, dès que je suis entouré de personnes, tout va bien mais dès que je suis seul, tout le stress du départ revient au galop.
J’ignore toutefois en ce début de matinée que la journée va être très longue et que je vais vraiment en profiter à fond. Il est 7h du matin et je me prépare à accompagner Sandro. Où ça ? A son taff ? Nan, car il a pris une matinée de congé. Nous avons RDV au tribunal. Comme cela ne me regarde pas (et encore moins les lecteurs), je ne m’étalerai pas sur les raisons du pourquoi on va au tribunal. Résumons simplement les faits à : « Sandro a fait une petite connerie (rien de bien grave toutefois) y’a quelques mois, il doit se présenter au tribunal et moi, je l’accompagne pour qu’il ne soit pas seul et pour découvrir le monde judiciaire canadien ». Décidemment, l’aventure aura été riche jusqu’au dernier jour !
Il est hors de question d’arriver en retard et habillé n’importe comment ! On ne rigole pas avec les juges ! Une fois prêts, nous quittons l’appartement et prenons notre métro (dois-je encore préciser le passage à Tim Hortons ? héhéhé) jusqu’à l’extrême nord de Toronto : station Finch. Une correspondance en bus vers l’Ouest et nous voici sur la rue… Finch ! C’est la banlieue Nord de Toronto : rien d’exceptionnel à regarder dans les rues. Par ailleurs, nous nous approchons des quartiers craignos et qui ressemblent à des ghettos. Sandro me pointe du doigt le centre commercial sur notre gauche : « Tu vois ce Mall ? C’est là où il y a eu le plus d’homicides sur Toronto en 2007 ! Des gens qui se faisaient tirer dessus lors de leur shopping ! ». Glauque !
Après 20 bonnes minutes de bus, nous descendons à l’arrêt voulu pour nous retrouver face à face avec le tribunal du district. Nous entrons dans le petit bâtiment et des flics nous demandent poliment de montrer patte blanche au travers des détecteurs de métaux et autres arches à traverser. Nous sommes maintenant dans un long couloir avec de multiples portes et des bancs sur lesquels beaucoup attendent leur tour. Un bref coup d’œil sur toute cette population et je distingue rapidement sa catégorie sociale. Vivre dans le DownTown nous fait parfois oublier la misère et les mauvaises conditions de vie de certains : la plupart des gens présents ici ont des allures de drogués, de jeunes sortis de leur gang, de losers ou de mecs pas très clairs. Quelques personnes en costard se distinguent du lot. Impossible de savoir si leur cas est plus grave que celui des autres.
Je sens la pression monter chez Sandro : il ne plaisante plus comme il a l’habitude de le faire, il reste concentré et ne la ramène pas trop. Je l’encourage en lui disant que tout devrait bien se passer et que ça n’est presque qu’une formalité. On sait très bien ce que les juges vont dire : report d’audience. C’est tout. Il n’empêche. Je sens que j’ai bien fait de l’accompagner et de ne pas l’avoir laissé tout seul ici. Nous allons entrer dans un bureau et discuter avec une femme… j’ignore complètement ce qu’on y a fait ni qui elle est. Faut dire que je ne connais pas bien l’administration judiciaire canadienne et Sandro me paraissait trop stressé pour m’en faire une synthèse.
Puis nous retournons dans le couloir et approchons de la bonne porte… celle qui donne vers une salle de tribunal comme il en existe plein. Après une attente de quelques minutes, nous entrons. Et là, je découvre que ça ne va pas se passer comme je me l’imaginais : je pensais à un conseil réunissant quelques juges et nous deux… bref, quelque chose d’intime et privé. Non non non : bien au contraire, il semblerait qu’il s’agisse d’une session publique. Une bonne dizaine de personnes est déjà assise sur les bancs. En face de nous, des gars qui semblent être des avocats préparent leurs discours et papotent avec leurs collègues.
Sandro et moi nous asseyons sur le premier banc à droite et patientons. Arrivent alors différents juges et tout le monde se lève pour les accueillir. Le silence se fait et la séance peut commencer. Elle sera ponctuée de l’arrivée de plusieurs retardataires (humm, pas bon pour leur cas). Comme je le disais, la séance est publique et nous allons pouvoir assister à tous les cas avant celui de Sandro : voici comment le processus se déroule : un vieux bonhomme assis au dessous des juges (eux-mêmes très surélevés comme dans les films) et particulièrement de mauvaise humeur appelle un « candidat ». Celui-ci se lève et s’approche du centre de la pièce pour se retrouver face aux juges. S’il possède un avocat, alors ce dernier va prendre la relève et dire des trucs que je ne comprendrai pas : d’une part, parce qu’il me tourne le dos et d’autre part, car son discours est ponctué d’un jargon juridique anglais que je n’ai pas spécialement assimilé. Si l’accusé n’a pas d’avocat, il va faire sa propre défense (à ses risques et périls). Globalement, cette session a pour but de faire le point sur l’avancée de chaque dossier et de planifier la date d’un prochain rendez-vous. En moyenne, chaque personne passera 5 minutes à la barre avant de remercier les juges et de quitter la salle.
Vont ainsi passer à la barre de nombreuses personnes de milieux différents : un black de 40 ans complètement paumé, un blanc à la sale gueule et habillé avec un jean noir de crasse et très déchiré, un groupe de 3 jeunes latinos… Ces derniers, sans avocat, vont se faire particulièrement lyncher par le gros bonhomme de mauvaise humeur (avez-vous l’acteur qui joue l’oncle de Harry Potter dans les films ? Même genre de gars) : difficile de comprendre le contexte car il n’est pas rappelé en début d’examen du dossier. Toutefois, je comprends que la dernière fois que ces jeunes avaient été convoqués, on leur avait exigé de remplir un certain dossier et de faire la demande d’un avocat gratuit. Rien n’a été fait et le gros monsieur commence à élever la voix et à les incendier. Les 3 jeunes, complètement penauds, ne disent rien… mais se feront douloureusement ôter les maux de la bouche. Pendant ce temps, Sandro me murmure à l’oreille : « Mate le jeune sur la droite, regarde sa poche arrière droite ! ». Je regarde mais rien ne me saute aux yeux : un simple mouchoir rouge (ou bandana ?) qui sort légèrement de sa poche. « C’est le signe d’appartenance à un gang ! Ils ont sûrement fait une sacrée connerie pour être là tous les trois ! ».
Un peu avant le passage des latinos, un appel a eu lieu durant lequel personne de l’assemblée ne s’est levé. Je regarde un peu autour de moi pour essayer de deviner qui va venir au centre de la salle quand soudain, j’entends une porte s’ouvrir derrière les juges, sur la gauche : un flic entre dans la pièce accompagné d’un prisonnier attaché. Il est habillé comme dans les films avec sa tenue de bagnard, les mains menottées à l’avant. Le policier l’emmène s’asseoir dans une bulle vitrée qui servira de protection entre le public et le prisonnier. On se doute bien que ce gars-là n’a pas l’air commode ni heureux d’être là. Mais il reste paisible face à ceux qui pourraient faciliter ou aggraver sa vie actuelle. Puis après un verdict rapidement expédié, il sera reconduit dans les coulisses.
Après le passage des 3 latinos, le gros bonhomme énervé s’écrie haut et fort : « Monsieur Sandro XXXX ! ». Ah, ça y est, c’est son tour ! Sandro se lève et se dirige vers le centre, face aux juges. Le gros bonhomme lui pose quelques questions sur son cas et Sandro y répond calmement. Après 2 minutes de dialogue, la sentence est prononcée : report d’audience ! OK, bah c’était bien ce qui était prévu !
Nous quittons tous les deux la séance et, après avoir discuté avec des conseillers juridiques, nous quittons le tribunal. Sandro est soulagé mais il doit apparemment se démerder pour prendre un avocat. On lui a conseillé d’aller à une certaine adresse dans le DownTown. Nous voici maintenant dans le bus. J’en profite pour proposer à Sandro de se joindre à moi et à mes amis pour un ultime resto et une soirée dans un bar ce soir. Je lui explique également que je ne vais pas l’accompagner dans sa recherche d’avocat : je dois maintenant retrouver Julien pour retourner au call-centre qui se situe pas très loin de Finch. La raison de mon retour au boulot est double : avant ma démission, on m’avait promis une lettre de référence (qui pourrait me servir autant en France qu’ici dans l’hypothèse où je reviendrai un jour) mais bien évidemment, ça n’avait pas été fait et on m’avait demandé de revenir en Janvier pour la récupérer. Julien et moi avons passé un coup de fil hier pour prévenir de notre retour aujourd’hui. Quant à la seconde raison, c’est tout simplement pour dire au revoir à toutes les personnes avec lesquelles j’ai été heureux de travailler.
Je quitte ainsi Sandro à la station de métro York Mills pour attendre Julien devant la gare des bus. 15 min plus tard, Julien arrive et nous prenons l’habituel 122 pour retourner sur les « lieux du crime ». :) Je suis persuadé que la lettre ne sera pas prête et qu’il va falloir pousser un coup de gueule en expliquant que je pars demain. Nous entrons et passons devant David (le Québécois) qui s’arrête net : surpris et très heureux de nous revoir ! Laurie se jette sur nous (même si on s’est vu récemment) et nous continuons notre procession au sein de la salle principale. Notre retour fait comme l’effet d’une bombe : certains nous dévisagent comme si on revenait à la vie. Julien et moi commençons notre petite ronde de « Bonjour, bonne année, au revoir ». Ça me fait vraiment plaisir de revoir certaines personnes… et également plaisir de voir la tronche de ceux qui ne nous aimaient pas héhéhé. J’ai envie de leur balancer : « Eh ouais, on est de retour ! Ça vous fout les boules hein ? ».
Nous pouvons ainsi retrouver Chanthy, Kharee, Amalia, Garnett, et bien d’autres. Plus tard, nous allons saluer Muffine qui s’écrie alors « Hey, j’ai vos lettres de références ! Dites moi si elles vous plaisent ! ». Génial ! Bah comme quoi, dès que je suis médisant, ça se retourne contre moi ! Je dois bien l’admettre. En tout cas, j’ai pu lire la lettre écrite par Muffine et je suis bluffé : elle est vraiment parfaite ! On ne pourrait rêver meilleure lettre de référence ! Merci beaucoup Muffine ! Inutile de changer le moindre mot ! Je suis d’ailleurs touché qu’on puisse écrire autant de choses élogieuses sur moi. Je ne voudrais pas non plus que ça devienne une habitude car sinon, je vais choper la grosse tête lol. Mais merci beaucoup. Je vais également pouvoir récupérer ma dernière paye. Yeahhhh. Avec les congés non pris qui s’accumulent, je peux dire que ça fait plaisir !
Julien et moi allons continuer notre tournée de bisous, câlins et autres pendant un bon petit moment. Ça sera également l’occasion d’échanger des adresses emails. Hop, un autre câlin à ma chère Chanthy qui me semble très triste de se séparer de nous deux.
A nouveau près de Laurie, j’apprends que cette dernière a motivé plusieurs personnes pour nous rejoindre ce soir. Bah d’ailleurs, quoi de prévu exactement ? Car je ne me suis finalement occupé de pas grand-chose… J’apprends alors que le resto est prévu en petit comité et que l’enchaînement dans le bar sera l’occasion de boire un dernier coup avec moi. Laurie m’explique qu’elle est en train de motiver les troupes pour venir au bar. Il s’agira du Madison, un bar très connu maintenant : il est près de chez moi (5 minutes à pied) et j’en ai parlé maintes fois dans ce blog : c’est l’un des premiers bars que j’ai testé, l’un des plus grands (il est construit sur 2 maisons et est toujours plein à craquer) et un où j’ai passé d’excellents moments. Kharee me dit qu’il va tout faire pour venir… en espérant qu’il pourra faire garder sa petite de quelques mois. Clément et Thibaud promettent également de venir. En même temps, je ne leur demanderai pas leur avis ! C’est un ordre ! Héhéhé. Il faut à tout prix que je trinque avec eux une dernière fois !
Je vais finalement terminer ma tournée avec mes managers et la responsable RH, Orphia, qui me réexplique que je serai toujours le bienvenu dans le call-centre. C’est gentil.
Julien et moi sommes maintenant prêts à partir. Tous ces « au revoir » m’ont un peu secoué : je sens maintenant que c’est bel et bien la dernière ligne droite. Tous ces adieux à la fois ! Argh, c’est pas évident. Mais bon, je suis un garçon solide et je garderai le sourire jusqu’au bout. Afin que ce soit la dernière chose dont on se souvienne de moi ici (ah tiens, peut-être qu’à l’heure actuelle, on m’a déjà oublié hehehe).
Après un ultime « goodbye » général, nous quittons tous les deux les locaux et approchons de l’arrêt de bus. Il n’y a pas de temps à perdre pour moi : il est presque 13h et j’ai encore beaucoup de choses à faire d’ici ce soir ! Le vent est réfrigérant à cet arrêt de bus. Il est temps pour moi de ressortir le bonnet que j’ai acheté à New York et dont je ne me sépare plus. Hein ? Quoi ? Mais… où est-il ? Il n’est pas des poches ! Ah, peut-être dans mon sac. Non. Ni dans ma veste. Merde ! J’ai dû l’oublier dans le call-centre !
Je rebrousse ainsi chemin en 4ème vitesse et tombe sur Laurie sur le floor : elle me dit qu’elle n’a vu aucun bonnet mais qu’elle me le rapportera sans faute si quelqu’un le trouve. Mais maintenant que j’y pense, je ne me souviens pas l’avoir avec moi à mon arrivée. De retour auprès de Julien (et après avoir raté le bus qui passe toutes les 20 min… ça y est : la poisse arrive), ce dernier me confirme la même chose. La dernière fois qu’il m’a vu avec ce bonnet, c’était à la patinoire la veille au soir. MERDE ! Qu’ai-je pu bien en faire ???? Je suis sûr de l’avoir sur la tête ce matin pour aller au tribunal et… … … bah voilà, je l’ai soit égaré dans le bus soit dans le tribunal. ARGHHHH NOOOOOON ! Je l’aimais beaucoup ce bonnet ! Il n’avait même pas une semaine ! Et il est trop tard pour retourner au tribunal. Je vais devoir mettre une croix dessus.
Putain de sale journée : après tous ces adieux, je dois aussi oublier mon cher bonnet des Yankies ! Au lieu de poireauter 20 minutes pour le prochain bus, Julien et moi optons pour marcher jusqu’à York Mills et prendre un autre bus qui va nous ramener jusqu’au métro. De là, direction Bloor & Yonge où je vais devoir manger à toute allure ! Julien a également faim et nous allons manger une dernière fois tous les deux dans un fast-food de Toronto.
Je réalise alors durant ce repas l’importance qu’aura eu Julien durant ce voyage d’un an. Plus qu’un pays et une culture, nous avons partagé de nombreuses choses sur Toronto ! Dire qu’en préparant mon voyage en décembre 2006, j’avais commencé à discuter avec un Breton qui comptait partir le même jour que moi dans la même ville ! On s’était alors souhaité une bonne expérience… sans se douter que nos chemins se croiseraient ! Après une rencontre dans les soirées PVTistes entre français, nous avons obtenu le même job à un jour d’intervalle (merci Ludivine pour cela : la fille qui a fait passé l’annonce du call-centre est finalement devenue une amie très chère). Binômes de travail : nous avons appris les mêmes programmes, partagé le même emploi du temps (même de nuit en Avril), les mêmes pauses à midi. Puis les vies personnelles se sont enrichies : j’ai rencontré son coloc, Cyril et nous avons partagé les mêmes amis. Vint ensuite les soirées en boîte et les sorties communes… Pour finir par un voyage à New York et un sublime jour de l’an. Bref, je n’ai jamais été aussi proche de quiconque durant cette année que Julien. Je suis ravi de l’avoir rencontré et de le compter dans mon cercle d’amis intimes.
Je sais qu’on va indubitablement se perdre de vue une fois en France : lui en Bretagne et moi, je ne sais où… Je rentre demain et Cyril et lui (ainsi que Fabienne) retournent en France le 20 Janvier. Mais j’espère vraiment que nous garderons un contact fréquent et que nos chemins se recroiseront… en France… ou ailleurs !
A la fin du repas, nous allons nous séparer pour vaquer à nos occupations réciproques. De toute façon, nous nous revoyons le soir même. Pour ma part, je dois maintenant passer à ma banque sur Spadina Ave. Il est temps de clôturer mon compte. Cela sera assez rapide. On me demande ce que je veux faire de l’argent : le transférer en France ? Le transformer en traveler checks ? Humm, qu’est-ce qui coûte le moins cher ? Je vais finalement opter pour un chèque de la banque ; chèque qu’il me faudra déposer moi-même à ma banque française : cela semble coûter moins cher qu’un transfert mais cela sera plus long à réaliser (les banques doivent vérifier l’origine du chèque et sa crédibilité). Je suis assez content de repartir avec un peu d’argent de Toronto : j’ai connu quelques périodes de galère au début (sans job, il me restait à peine $400 sur mon compte !) et les premiers mois à travailler dans le call-centre ne m’ont pas permis de retrouver une santé financière rapidement (disons que le salaire n’était pas parmi les plus hauts de Toronto, loin de là !).
Et quand je réalise tout ce que j’ai fait en un an, tous les voyages, toutes les choses que j’ai achetées (ça aurait pu être pire) et la bouffe que j’ai cuisinée, je me dis que repartir avec un peu d’argent, c’est pas mal du tout ! Une bonne gestion de mes comptes ! Héhéhé. Il ne faut pas par contre que je perde ce chèque !
Bon, j’ai rendu ma carte de crédit/débit et fermé mon compte. Il est temps de rendre visite à H&R Block pour préparer mes impôts. Je dis au revoir à Spadina Ave, la toute première avenue découverte sur Toronto. Ma première rencontre avec cette ville… et le siège de nombreuses soirées chez Pépé et Raph l’été dernier ! Je prends mon streetcar pour remonter à Spadina et Bloor. Me voilà maintenant devant le H&R Block (société spécialisée dans les impôts).
L’agent qui me reçoit n’est pas celui de la dernière fois : je dois donc lui réexpliquer mon cas depuis le début : je vais rentrer en France mais j’aimerais payer mes impôts canadiens (histoire de récupérer de l’argent injustement trop versé). Je lui apporte comme promis les attestations de logements (les papiers que j’ai fait signés à Chandra et à Josh, la veille) ainsi que ma dernière paye. Le mec m’explique qu’on ne peut pas constituer le dossier sans avoir le formulaire T4. C’est un document distribué en Février par toutes les entreprises. Impossible de l’avoir un mois en avance.
Bon, tant pis. C’est dommage car je ne pourrai pas non plus remplir mon dossier à distance car H&R Block aura besoin de ma signature. La seule solution que le commercial me propose est de passer par une des agences localisées en France. OK, parfait. Je quitte donc les lieux sans ignorer la découverte des prochaines semaines, une fois rentré : il n’y a PAS d’agence H&R en France ! Quel con ce type ! Je le retiens !
Je décide qu’il est temps de rentrer à mon ancien « chez moi », histoire de finaliser définitivement mes valises (oui je sais, « finaliser » se fait généralement en une seule fois… pas chez moi ! :p ). L’occasion de dire au revoir (ou « adieu » c’est au choix) à mes anciens colocataires. Je vais donc leur rendre visite un par un dans leur chambre et leur transmets mes coordonnées au passage. Même si l’esprit coloc était beaucoup développé qu’à Paris ou qu’avec mes anciens colocs irlandais (et Alex), je réalise que je m’étais attaché à ces 4 personnes avec lesquelles je partageais ce toit. Nous ne sommes jamais sortis pour prendre un café et je ne les ai jamais vus tous ensemble en même temps dans la même pièce, chacun avait sa propre vie. Mais au moins, tout se passait bien ! Pas de coloc turc psychologiquement instable pour foutre la merde !
Cela me fait tout drôle de voir que toutes mes affaires sont prêtes et tiennent dans deux grosses valises. La bouffe a disparu chez Sandro et mes placards sont désormais vides. Seuls persistent une couette et des oreillers que je donnerai à Denise.
La fin d’après-midi approche et il est temps pour moi de retourner chez l’ami italien et de me préparer à ma soirée. Je repasserai demain pour un ultime au revoir aux colocs qui seront présents. Je quitte la maison et repars en direction de College St. Je retrouve Sandro chez lui qui s’est occupé toute la journée avec cette histoire d’avocat. Je ne sais pas trop la tournure que ça va prendre : il part d’un cas relativement bénin qui va s’étaler dans le temps… Je vois que l’administration juridique canadienne rappelle celle en France sur bien des points.
Il est temps pour moi de me préparer pour ma dernière soirée sur Toronto. J’en tremble rien que d’y penser. J’espère que ce soir ne sera pas trop difficile pour tout le monde. Pendant que je me m’habille, Sandro m’interpelle, surpris que je parle de resto. « Bah oui, tu ne te souviens pas ? J’en ai parlé ce matin dans le bus. Je t’ai dit que plusieurs amis ont organisé le duo Resto – Apéro au Madison et que j’ai demandé à te compter parmi les gens qui iront au resto comme on en avait convenu ! ».
Je ne saurai jamais ce qu’il s’est passé : est-ce qu’on s’est mal compris dès le début ? Je ne sais pas. Mais Sandro m’annonce qu’il avait déjà prévu quelque chose ce soir. Rien de bien long mais qui compromet clairement sa présence au resto. Bon, c’est sûr, je suis déçu même si je ne le montrerai pas : je répondrai simplement « Ah…OK. Bah, c’est comme tu veux. Je ne force personne ». J’espère toutefois qu’il viendra plus tard dans la soirée au Madison car j’aimerais vraiment passer cette dernière nuit avec tous mes amis de Toronto. C’est peut-être trop demandé ou égoïste mais c’est comme ça.
Sandro m’explique également qu’un soi-disant ami habitant à quelques heures au Nord de Toronto va passer le WE ici, chez lui. Il arrive demain, samedi, et repart dimanche ou lundi. Jusque là, rien de bien grave… Mais je réalise alors que Sandro sera probablement occupé toute l’après-midi avec son pote à visiter la ville ou boire quelques verres dans un bar tandis que je serai à l’aéroport à vivre un départ plus que difficile.
Initialement, je souhaitais que personne ne m’accompagne à l’aéroport. J’imagine que le départ est moins dur lorsqu’on n’a aucune raison de se retourner pour dire au revoir et qu’on franchit la salle d’embarquement. Certains m’ont dit qu’ils viendraient quoi qu’il en soit et j’ai finalement accepté sans jamais forcer personne. Si vous ne voulez/pouvez pas venir, c’est pas grave du tout !!!!!
Mais avec Sandro, c’est différent : j’ai cette sale impression qu’une fois parti, je serai vite « remplacé » dans son cercle d’amis. Et je ne pensais pas que ça arriverait aussi vite, à savoir ce week-end ! Imaginer qu’il s’amuse comme un fou pendant 2 jours alors que je vivrai des moments douloureux, oui, ça me gêne un peu. Ce qui me fait le plus chier, c’est que de tous les week-ends possibles, il ait convenu avec son pote de l’héberger demain ! Et j’imagine mal un gars que je ne connais pas passer tout son samedi après-midi avec moi voire à m’accompagner à l’aéroport (l’A/R prend beaucoup de temps en métro) ! :)
Mais là, encore, je ne dis rien et ne montre rien face à Sandro : après tout, il fait ce qu’il veut et tout ça ne me regarde pas. Je trouve juste ça dommage. Je vais continuer à me préparer pour le resto tandis qu’il fera de même pour son RDV (un rencard, une visite de sa sœur ? aucune idée). Puis une fois prêt, je vais tuer le temps, allongé sur le lit (pour rappel, il s’agit d’un loft… c'est-à-dire que chambre et salon sont une seule et même pièce) : wouah, c’est fou comme je suis fatigué ! Je n’ai pas beaucoup dormi ces deux dernières semaines et le fait d’être allongé et de regarder le plafond me fait comprendre à quel point je suis exténué physiquement et mentalement.
Je pense alors : « Allez, un petit effort, c’est bientôt fini ! Tiens bon encore jusqu’à demain et tu pourras dormir (et déprimer ?) autant que tu veux ».
J’échapperai de justesse au sommeil à cause d’un son provenant de la porte : quelqu’un a frappé. Je regarde Sandro : « tu attends quelqu’un ? ». Il me répond « Non » et semble aussi surpris que moi. Il ouvre la porte et surgit… un gros chien noir !
?!?
Le chien court de partout ! Je me relève complètement alerte : un gars entre alors dans la pièce et commence à discuter avec Sandro. Il s’agit de Steve, le fameux pote du week-end !!!!! Je me retourne alors vers Sandro : « Euuuuh, tu ne m’avais pas dit que ce fameux week-end commençait demain ? ».
Et je découvre le malentendu : Steve a compris qu’il pouvait se faire héberger à partir du vendredi soir jusqu’au dimanche ou lundi. Le regard de Sandro me fait comprendre qu’il ne l’entendait pas de cette façon. Il ne sait pas quoi faire de cet « intrus » involontaire. Steve sent qu’il a fait une connerie et devient alors gêné de la confusion.
Bon, tant pis : il va quand même rester là ce soir. On ne va pas le foutre à la porte. Toutefois, pour augmenter le malentendu, il n’avait absolument pas précisé qu’il venait avec un gros chien noir qui a déjà pissé 3 fois sur la moquette en 2 minutes ! Et quand je dis « gros chien », je pèse mes mots : il ressemble pas moins à un chien des Pyrénées (avez-vous vu Belle et Sébastien ?) !!!!!!!!!
Ce chien est magnifique mais immense ! Il en fait même peur aux chiens habitant les lieux. Pourtant, il a l’air tout inoffensif… mis à part qu’il pisse, bave et chie sans pouvoir rester en place dans ce petit appartement !
Je ne peux m’empêcher de penser que tout ça, « c’est bien fait pour Sandro ! ». Je sais, c’est pas bien. Mais j’aime l’idée que cet hébergement inattendu le prenne au dépourvu.
Quant à moi, intérieurement, je commence à bouillir : rien ne se passe comme je l’avais prévu ! D’abord, le resto tombe à l’eau pour Sandro, puis arrive le pote qui va probablement modifier mon samedi planifié et maintenant également mon vendredi soir (resto et bar). Pourtant, Steve a l’air plutôt sympathique. Il doit lui aussi avoir 25 ans et ressemble à un Canadien normal (j’entends par là, sans excentricité).
Subitement, je décide que je suis de trop et explique à Sandro que je m’en vais pour le resto (bon, le resto ne commence que dans une heure et demi mais tant pis). Son RDV est imminent : trop tard pour l’annuler et il est hors de question pour moi de tenir compagnie à Steve en guise de bonne poire ! Pas ce soir ! C’est mon dernier soir et je veux le partager avec les gens que j’aime et pas spécialement avec des inconnus que je ne reverrai jamais.
Je quitte l’appart en les invitant tous les deux au Madison à partir de 22h.
Une fois dehors, il me reste du temps avant de retrouver les français pour le resto. Je réalise alors qu’en deux jours, il n’y a plus qu’un seul « endroit clef » de Toronto que je n’ai pas revu : le port et sa baie. J’entends par « endroit clef », ces lieux chargés d’une histoire, simple ou récurrente. Ces lieux qu’on visite pour la 1ère fois dans une ville, ces lieux qui nous marquent, ces lieux synonymes de rencontres et de plaisir. J’ai pu passer à mon travail, à Yonge et Bloor, aux Beaches, à Spadina Ave. Je veux maintenant revoir le port une dernière fois !
Je prends alors mon métro et sors à King St. Je continue à pied, marchant seul dans la nuit froide de Toronto. Je suis complètement perdu dans mes pensées. Je ressens cette fatigue de plus en plus forte. Je ne réalise pas tout de suite que la foule autour de moi se dirige vers le stade pour le match de NBA. J’y passerai rapidement afin d’accéder à la boutique souvenirs… le bref espoir de remplacer mon joli bonnet tout neuf et déjà perdu. Raté ! Quelle journée de merde quand j’y pense. Je déteste les dernières fois.
Je marche encore et parviens finalement devant le lac Ontario. Tout est calme et mis à part quelques passants au lointain, me voilà seul, à écouter le bruit de l’eau pas complètement gelée. Je vais marcher silencieusement pour ensuite me retourner vers ces buildings éclairés et plein de vie. Demain, à cette heure-ci, je serai dans l’avion… Ces buildings sont magnifiques. Pourquoi est-ce que je pars ? J’adore cette lumière émanant du DownTown. Pourquoi faut-il toujours attendre la fin pour réellement savourer les choses ? Pourquoi n’ai-je jamais savouré ces lumières plus tôt ? Pourquoi les départs sont si douloureux ? Pourquoi la pire partie du voyage est toujours la dernière ?
Le vent est glacial et me fouette le visage. Il est tellement froid que j’en ai les larmes aux yeux… Mais est-ce vraiment la faute du vent ? Pourquoi une telle chanson triste dans ma tête ? Pourquoi je ne me suis jamais senti aussi seul que ce soir, à ce moment présent ?
Je regarde ma montre : l’heure du resto approche et je décide de rentrer. Je vais remonter jusqu’à Union Station et quitter le métro à hauteur du Eaton Centre. J’y retrouve Denise, Laurie et Fabienne. Leur présence et la gaieté qu’on peut parfois lire sur leur visage me réchauffent le cœur et me font oublier cette espèce de « bad trip » au port. Nous sommes dans une galerie marchande souterraine, face à un restaurant dont j’ai oublié le nom. Ça a l’air très chic. Mais nous devons attendre Julien et Cyril avant d’entrer.
Je profite de ce temps d’attente pour offrir à Denise mon cadeau de Noël. Oui je sais, je suis à la bourre mais avec New York, on a un peu laissé tout ça de côté. Elle semble heureuse de mes cadeaux : un calendrier 2008 de stripteaseurs et une figurine représentant une symbolique de l’amitié. Puis Julien et Cyril arrivent et nous prenons place au resto. Ce repas sera bien mieux que ce à quoi je m’attendais : au lieu de nous attrister sur mon départ, nous allons profiter d’un délicieux repas comme si nous nous revoyions le soir suivant. Un repas empli de légèreté, de rires et de plaisanteries. Je me surprends même à agir comme si de rien n’était : comme si la fatigue et la tristesse n’existaient plus. Un repas comme on en fait si souvent avec ses amis. Mon seul regret sera que Sandro ne soit pas des nôtres. Je réalise à quel point son amitié m’est aussi précieuse que celles de Denise ou des autres français. J’aurai voulu qu’il soit là à plaisanter avec nous.
Après un si bon moment passé tous ensemble, il est temps de payer et de se préparer à aller au Madison. Mais là, à ma grande surprise, tous me regardent et Denise me tend un sac : à l’intérieur, un cadeau. Je les regarde et leur dis qu’il ne fallait vraiment pas. Je découvre alors un calendrier 2008 de Toronto… Héhéhé : j’avais crié tellement haut et fort que je ne trouvais pas de poster de Toronto en guise de souvenir : je suis étonné qu’ils s’en soient souvenus et qu’ils aient trouvé un substitut ! Sans compter sur quelques conneries supplémentaires dans le sac. Je les remercie et on me répond que ça n’est pas tout : je les regarde curieusement et ils ont tous un immense sourire aux lèvres. Le genre de sourire qui tient lieu de suspense.
Là, on me tend alors un petit boîtier enveloppé dans un sachet rouge de qualité : je l’ouvre délicatement et découvre……… une gourmette ! Une gourmette à mon nom. Une gourmette offerte par tous ces gens que j’aime tant. Une gourmette pour ne pas les oublier une fois en France ! Pffff, comment pourrais-je vous oublier ? Tout simplement impossible !
Dire que je suis touché et sans voix serait un piètre euphémisme, irrespectueux envers le cadeau et la situation. Je ne m’y attendais tout simplement pas ! Je les remercie mille fois. C’est parfait ! C’est touchant. C’est incroyable. Vous allez tous me manquer énormément. Je vous aime.
La séquence émotion sera abrégée par la venue d’Aurélia et Nicole, les deux amies de Denise qui nous rejoignent, prêtes à nous accompagner au Madison. Je suis surpris et heureux qu’elles aient pu venir. Les connaissant un peu, je sais qu’elles auraient pu avoir mille projets pour ce soir mais elles ont décidé de venir à ma soirée d’adieu. Inutile de préciser à quel point ça me fait plaisir.
Il me paraît maintenant loin le moment de frustration chez Sandro ou de tristesse sur le port. Rien ne compte plus vraiment que de passer un bon moment avec mes amis. Que dis-je ? LE MEILLEUR MOMENT !!!!! Allez, c’est parti pour le Madison !
Nous empruntons le métro jusqu’à Spadina Stn et marchons un peu jusqu’à l’entrée du bar. Curieusement et pour la première fois, personne ne nous demandera notre carte d’identité. Nous entrons dans ces lieux, bien au chaud et essayons de nous frayer un chemin au milieu de la foule. Comme ce bar est immense (plusieurs étages et réparti sur 2 grandes maisons), il ne faut pas nous perdre : nous avançons prudemment de salle en salle à la recherche d’un petit coin, d’une table et de quelques chaises pour accueillir une petite dizaine de personnes. Humm, pas facile. Nous allons nous poser le long d’un mur en réfléchissant à un meilleur endroit pour boire un coup. Je décide de partir en reconnaissance avec Aurélia et nous disparaissons très vite dans cette immense fourmilière de jeunes et de moins jeunes.
Nous allons alors découvrir quelque chose qui m’avait échappé jusqu’à présent, malgré nos habituelles soirées dans ce bar : un quatrième étage !!!! Il semblerait d’ailleurs qu’il soit méconnu de beaucoup car il n’existe qu’un seul passage et l’ambiance y est beaucoup calme : de nombreux fauteuils et tables sont inoccupées. Cooool !
Je redescends jusqu’à la grande salle tandis qu’Aurélia réserve nos places et je reviendrai quelques minutes plus tard avec toute la petite troupe. A notre disposition : 3 tables avec des fauteuils fixés au sol. C’est sûr : personne ne viendra nous voler nos places tant que l’un d’entre nous restera assis !
Nous commandons à boire et la soirée va se dérouler le plus naturellement du monde : de la même façon qu’au resto, nous allons papoter, plaisanter et prendre beaucoup de photos. Plusieurs voudront même m’offrir une bière, ce qui est sympa… mais au bout de plusieurs offres, je refuserai afin d’éviter la grosse gueule de bois que me procure la bière les lendemains de beuverie. La soirée avance et plusieurs personnes nous rejoignent à mon plus grand plaisir : Thibaud et Clément pour commencer puis Chris W et sa copine (un bon ami canadien du call-centre) : je suis très flatté de la venue de ces derniers : ici, beaucoup ont tendance à parler plus qu’ils n’agissent. « Ouais, ouais, je viendrai ce soir, pas de souci ! » et finalement non. Je suis vraiment touché que Chris W soit venu. Je ne l’avais pas revu depuis son anniversaire en décembre car j’avais démissionné par la suite. Je suis très heureux de pouvoir le voir une dernière fois avant mon départ ! L’un des Canadiens les plus agréables que j’ai pu rencontrer.
Mais la liste des participants pour ma dernière soirée n’est pas complète : au milieu de la soirée, je vais recevoir un appel téléphonique : Sandro attend à l’entrée du bar et à la vue de la foule, il voudrait que je le guide jusqu’à nos tables. Je m’absente alors brièvement, descends les 4 étages et vient l’accueillir, lui et Steve au dehors du bar. Je suis content qu’il soit finalement venu (même s’il n’aime pas trop ce bar).
Nous remontons jusqu’à notre QG où les bières coulent à flot et tout le monde semble s’amuser. Je perçois très légèrement une constante attention sur moi… comme si ces amis murmuraient autour de moi « tu vois, c’est lui qui s’en va ». Cela sera l’occasion de se faire des « hugs » (comme c’est la mode en Amérique du Nord) et de se promettre qu’on se reverra tôt ou tard. Concernant les français, je ne me fais aucun souci : ça ne fait aucun doute qu’on se reverra prochainement. Quant aux Canadiens, humm, ça sera peut-être plus difficile mais si chacun est prêt à prendre soin du fil de l’amitié, alors ce fil tiendra bon au-delà de la distance.
La musique bat son plein et certains commencent à danser et à bouger tout autour des tables. D’autres bières arrivent encore et encore. Je mets un point d’honneur à discuter avec tout le monde et n’oublier personne.
Cette soirée sera vraiment inoubliable : j’aurai aimé qu’elle ne s’arrête jamais. OK, c’était une soirée telle qu’on en a fait des centaines mais comme c’était ma dernière à Toronto, elle sera gravée dans ma mémoire.
Evidemment, cette soirée aura une fin. Sans surprise, des larmes vont être coulées (mais pas les miennes… je tiendrai bon). Mais cela ne durera pas longtemps, je saurai calmer les personnes concernées.
Peu à peu, le bar se vide et la fermeture approche. Oh merde, je ne veux plus partir d’ici ! Je veux rester dans ce bar pour toujours ! Les videurs ne l’entendent pas ainsi et nous partirons avant de déclencher leur colère. Nous voilà ainsi dehors et je vais ainsi me séparer de certains pour un bon moment (pour d’autres, je les verrai demain). On se dit chaleureusement au revoir et certaines personnes viendront me dire des choses tellement belles qu’il sera une vraie prouesse de ne pas verser une petite larme. Vraiment, j’ai été profondément touché par ce qu’on m’a dit… surtout lorsque je sais que ces personnes le pensent vraiment. Je fais notamment allusion à Denise mais également à Nicole qui m’a témoigné, les yeux dans les yeux, l’une des plus belles choses qu’on ne m’ait jamais dites !
Les adieux seront assez sobres et ne verseront toutefois pas dans le mélo (enfin, pas trop). Je regarde les gens partir petit à petit et j’avoue que ça ne sera pas facile malgré une bonne humeur apparente. Plusieurs personnes resteront encore un dernier moment avec moi : Sandro et Steve (euh ben parce que je rentre avec eux lol) ainsi que Denise, Nicole et Aurélia : en effet, je dois passer brièvement à mon ancienne demeure pour donner ma couette et quelques bricoles à Denise (comme promis). Nous marcherons 2 minutes jusqu’à chez moi, j’entrerai incognito et ressortirai avec les bras chargés : « Tiens Denise, tout ça, c’est pour toi, cadeau ! ». Je pense qu’elle n’aura pas froid avec cette couette que m’avait donné Ben en septembre. Héhéhé : c’est à moi de la transmettre à mon tour.
Puis je me sépare du trio de filles qui me disent encore au revoir chaleureusement et je vois ma pauvr’ petite Denise partir toute triste. :(
Quant à Sandro et Steve, ils n’attendent que moi pour aller choper un taxi. Ils m’expliquent qu’ils ont passé une bonne soirée. Moi, sous l’effet de l’émotion, je ne suis pas vraiment concentré et répond évasivement. Sandro siffle un taxi et nous montons tous les trois dedans jusqu’à College St.
Nous entrons dans le loft de Sandro et commençons à papoter un peu. Mais cela ne durera pas longtemps car mes yeux se ferment tout seul. Il est plus de 3h30 du matin et je réalise à quel point la journée a été longue : le lever aux lueurs du jour pour aller au tribunal me paraît si loin ! J’ai accumulé tellement de fatigue depuis plus de 2 semaines… cette journée de plus de 20 heures ne fait que m’achever. J’annonce alors aux deux collègues que je vais aller me coucher.
A cause de l’arrivée de Steve un jour trop tôt, nous ne savons pas trop comment nous organiser au niveau des lits. Finalement, Sandro opte pour que je prenne son lit confortable tandis que lui et Steve prendront le canapé clic-clac. De toute façon, cela ne change pas grand-chose vu que les deux sont dans la même pièce : nous allons devoir supporter tous les trois le bruits des 3 chiens et de la perpétuelle ventilation d’air.
Un bref passage à la salle de bains et me voilà prêt à dormir : Sandro et Steve souhaitent papoter un peu plus longtemps dans le coin « salon » de la pièce et je leur souhaite bonne nuit. Steve viendra alors me faire un hug en me disant « Je ne te connais pas mais à la vue de cette soirée et de tous ces gens qui sont tristes que tu rentres, j’ai senti que tu étais quelqu’un de bien et je suis content de t’avoir rencontré ». Ouh ben ça, je ne m’y attendais pas ! C’est très gentil, merci.
Pour avoir un peu discuté avec lui au Madison, j’ai également senti que Steve était un garçon gentil (tout droit sorti de sa campagne… comme moi lol) et amical.
Je vais finalement m’allonger en essayant de trouver le sommeil. Mais comme c’était prévisible, impossible de fermer les yeux. La fatigue est là mais je n’arrive pas à croire que je prends l’avion demain dans l’après-midi. Je me relève plusieurs fois pour aller aux toilettes (maudite bière qui me fout la gerbe). Je n’arrive pas à dormir.
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En fait, à partir de là, tout va déraper. C’est à ce moment là de la soirée qu’il va arriver un « incident » entre Sandro et moi. Une espèce d’ « altercation ». Quelque chose d’assez grave. C’est fou comme les choses qui tournaient très bien durant la soirée peuvent virer d’un coup au grand n’importe quoi ! C’est surréaliste ! On passe dans la 4ème dimension !
Je ne sais pas trop comment raconter ce qu’il s’est passé. Comment expliquer avec suffisamment de détails les raisons du pourquoi sans nuire à quiconque ?
Comment raconter clairement le pourquoi du comment ? Je ne sais pas. Est-ce que j’en ai envie ? Pas si sûr ? Est-ce que j’ai compris ce qu’il s’est passé ? Probablement pas. Alors je vais faire une grooooosse ellipse des 20-30 minutes suivantes, si les lecteurs détestent ça. Désolé.
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Je ne dors pas. Impossible à vrai dire. Et il vient de se passer quelque chose dans ma tête. Un court-circuit, un bug, je ne sais pas. En l’espace de quelques instants, je réalise que l’amitié avec Sandro est en péril. On peut facilement blesser quelqu’un avec des mots. Sandro aura fait pire : ça n’est pas une simple blessure, c’est bien plus grave. J’ai l’impression d’avoir reçu un coup de poignard dans le dos. Il y a des choses qui ne se font et qui ne se disent pas… surtout lorsqu’on est pas prêt de se revoir avant un bon moment ! Surtout quand je ne suis pas en état de bien le prendre. Je ne devrais peut-être pas voir les choses avec autant de gravité et de sérieux… Mais là, franchement, ça n’est pas le bon jour ! Y’a tout de même des choses dans la vie qui ne se font/disent pas !
Est-ce qu’on s’est mal compris dès le début de la journée ? Est-ce que le malentendu qui a éclaté en début de soirée a persisté ? Est-ce que c’est par jeu ? Aucune idée. Pourquoi cette haine et cette profonde déception m’envahissent subitement ? Comment en sommes-nous arrivés là ?
Oh putain, moi qui pensais que j’arriverais à supporter jusqu’au bout tout le stress, la pression et la fatigue accumulés depuis des semaines (j’ai dû vous saouler quand je disais dans chaque article que je comptais les jours avec appréhension), je me suis lourdement trompé. Je n’ai pas craqué ni au resto ni au bar. Je pensais que je tiendrai bon jusqu’à mettre un pied à Paris… J’avais tort : je le sens, je n’arrive plus à tenir. Je crois que la soirée d’adieu m’a plus chamboulé que je ne le pensais. Mais pire que ça, c’est cet « incident » (il n’y a pas d’autre mot) avec Sandro qui me déstabilise le plus. Est-ce que j’en fais trop ? Est-ce légitime de mal le prendre ? Ai-je eu raison de passer autant de temps avec lui et à l’inclure dans mon cercle d’amis ? Pourquoi se prendre « ça » dans les dents alors que je le considérais vraiment comme un ami ? Et voilà que j’en parle à l’imparfait maintenant ! :(
Je suis debout, je suis épuisé, l’alcool n’aide pas, bien au contraire. Je suis fatigué mais je n’ai pas sommeil. Je regarde Sandro. Je n’arrive pas à croire qu’en moins d’une demi-heure, je puisse sérieusement remettre en question une amitié que je croyais solide comme un roc. On se croirait dans un american teenage movie, je m’en rends bien compte, mais j’aurais préféré regarder des acteurs à la télé se prendre la tête plutôt que de le vivre en vrai.
Je ne me sens pas bien du tout. Je deviens alors quelqu’un de différent, c’est très difficile à expliquer cette sensation. En temps normal, je ne me serai peut-être pas comporté comme ça mais là, même moi, je ne me reconnais plus : je lui explique alors que je ne vais pas rester une seconde de plus ici. Tant pis pour moi, je vais aller dormir ailleurs. Hors de question de rester un instant de plus ici en sa présence ! Là encore, ça peut paraître très caricatural comme réaction : dans le genre cliché du gars qui claque la porte en partant, j’ai vu mieux ! Je reste paradoxalement immobile au milieu de la pièce. Je réalise que je ne peux même plus dormir dans ma précédente maison car je viens juste de donner ma couette et mes dernières affaires à Denise. J’y vais donc au bluff et explique alors à Sandro que je vais essayer de trouver un hôtel au beau milieu de la nuit (même si je ne suis pas du tout convaincu de mon taux de succès). Il me coupe alors la parole brutalement et me lance « NON ! TU RESTES ICI ! VA TE COUCHER ! ». Il a l’air lui aussi furieux mais il ne veut pas m’abandonner dans Toronto au beau milieu de la nuit. Je sens qu’il va vouloir qu’on s’explique demain matin.
Là encore, je ne me reconnais pas : il semblerait que je sois devenu une autre personne. Au lieu de riposter arguant que je fais bien ce que je veux (je réalise alors de plus en plus sérieusement que je ne vois pas trop où dormir ailleurs cette nuit à 5h du mat’), je vais alors me laisser faire et retourner me coucher.
Je craque, je le sens. Même allongé seul dans ce grand lit, je n’arrive plus à respirer. Mais par fierté (ou par faiblesse ?), je ne vais pas le montrer. Je ne vais pas montrer que ce qu’il vient de se passer depuis que nous sommes rentrés de la soirée m’a vraiment perturbé. Je me recouche mais impossible de trouver le sommeil : je tremble, je n’arrête pas de trembler. Je respire difficilement, je n’arrive plus à réfléchir normalement. C’est une espèce d’état de choc même si le terme ne correspond pas vraiment ici à sa définition clinique.
Je ne sais pas à quelle heure je finirai par trouver le sommeil : je sais seulement que je vais rester une heure comme ça dans cet état, sans cesser de trembler puisque je tomberai sur la vue de 6:00 au radio-réveil. Je vais ainsi passer la pire nuit de mon voyage ! Et c’est peu de le dire ! C’est vraiment con que la pire soit la dernière…




